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Saisir bien plus qu’une éclipse

Angel Fux7 min de lecture30 sept. 2026Ciel nocturne et astrophotographie
Nikon magazine - Angel Fux Eclipse

Comment retranscrire l’émotion ressentie face à un tel spectacle ? Angel Fux et Prince Berkoh expliquent comment ils y sont parvenus grâce aux techniques de composition d’images et de réalisation vidéo…

Mentions légales : Cet article présente des prises de vue d’éclipses solaires réalisées par des professionnels qualifiés. Nikon déconseille formellement toute tentative de photographie ou d’observation du soleil sans formation préalable et sans équipement de protection certifié approprié. Le non-respect des précautions de sécurité peut entraîner des lésions oculaires permanentes, ainsi que des dommages irréparables aux appareils photo. Veuillez noter que l’équipement et les réglages précis mentionnés dans le présent article sont fournis à titre purement indicatif et ne constituent en aucun cas une garantie de sécurité dans votre situation particulière.

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La température baisse, la lumière disparaît presque brutalement, mais la nuit n’est pas encore là. À la chaleur dorée du crépuscule succède une lumière argentée, troublante, qui enveloppe peu à peu le paysage. Peu à peu, le monde alentour se tait : le vent tombe, le bourdonnement des insectes se dissipe et même les oiseaux les plus bavards suspendent leur chant, comme si la nature entière savait qu’elle assistait à quelque chose d’exceptionnel. La phase de totalité crée une atmosphère unique, difficile à mettre en mots et plus difficile encore à saisir en images. Pourtant, une astrophotographe s’est donné pour mission de relever ces deux défis.

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The Shadow Between

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La phase de totalité mise en image

Pour l’éclipse du 12 août 2026, Angel Fux a fait le voyage jusqu’en Espagne avec, au départ, une priorité : la photographie. Son ambition était double : saisir d’impressionnants gros plans du phénomène, mais aussi réaliser une composition plus ambitieuse, dans laquelle l’évolution du paysage et les différentes phases de l’éclipse se trouvent condensées en une seule image. Le projet a toutefois rapidement pris une ampleur dépassant les seules prises de vue photographiques initialement envisagées. Grâce au savoir-faire et à la vision du cinéaste Prince Berkoh, Angel a également co-créé le court-métrage The Shadow Between – Chasing Totality, conçu non pas uniquement pour documenter un événement astronomique, mais pour traduire l’expérience et les émotions ressenties lorsqu’on en est témoin.

« J’ai pleuré en découvrant les images, confie Angel. Notre objectif était d’offrir à ceux qui n’ont encore jamais vécu la phase de totalité un aperçu de cette expérience, et d’éveiller leur curiosité au point de leur donner envie de la vivre au moins une fois au cours de leur vie. » Faisant écho à ses propos, Prince ajoute : « L’idée, c’est de donner un avant-goût de ce spectacle à ceux qui n’ont jamais eu la chance de voir une éclipse, et de faire revivre la même intensité émotionnelle à ceux qui ont déjà connu ça. »

Sur ce tournage, Prince a eu un vrai coup de cœur pour la Nikon ZR, notamment grâce au large choix de codecs RAW embarqués, avec une mention spéciale pour le ProRes RAW et le R3D NE.

Boîtier compact, codecs de pointe

Concrétiser cette ambition et faire vibrer le public nécessitait un matériel à la hauteur de la tâche. Pour Prince, basé à Santander, dans le nord de l’Espagne, ce choix s’est naturellement porté sur la Nikon ZR. « Ce qui m’a le plus impressionné, c’est tout ce que ce boîtier est capable d’offrir malgré son format extrêmement compact, explique-t-il. Malgré son format ultra-compact, cette caméra embarque un nombre incroyable de codecs RAW en interne, y compris le ProRes RAW et le R3D NE. Difficile de trouver un boîtier aussi nomade qui puisse garantir une telle qualité d’image. J’étais particulièrement enthousiaste à l’idée de travailler avec ces codecs. Ils nous ont offert une bien plus grande marge de manœuvre au montage, en particulier pour l’étalonnage des couleurs. C’était aussi très appréciable de pouvoir profiter d’un affichage généreux, avec son grand écran de 4 pouces. »

Le choix des objectifs pour donner vie à l’histoire s’est révélé tout aussi crucial que celui de la caméra. « Près de 80 % du projet a été réalisé au NIKKOR Z 24-70mm f/2.8 S II, un objectif absolument incroyable », explique Prince, qui a également utilisé les NIKKOR Z 50mm f/1.2 S et NIKKOR Z 85mm f/1.8 S. « Personnellement, j’adore travailler avec un 24-70 mm en vidéo : ils sont tellement polyvalents qu’ils sont parfaits pour le style “run-and-gun”. Si le 70 mm restitue à merveille la complexité d’une scène, le 24 mm offre un champ de vision assez étendu pour répondre à la plupart des besoins.

Ce que j’aime vraiment avec le 24-70mm f/2.8 S II, c’est son zoom interne : le barillet ne s’allonge pas lorsqu’on zoome. C’est extrêmement pratique lorsqu’on travaille dans des espaces restreints ou avec un stabilisateur, car cela ne modifie pas l’équilibre et n’impose pas de contrainte supplémentaire aux moteurs. La qualité d’image était également excellente. C’est ultra-net, l’autofocus a parfaitement géré les scènes les plus mouvementées, et la grande ouverture a été un véritable atout pour nos nombreuses séquences en condition de faible éclairage. À vrai dire, la netteté absolue n’est pas toujours ma priorité en vidéo, mais pour les plans serrés et les plans de détail, c’était vraiment très utile. On peut toujours adoucir une séquence trop nette, mais impossible de recréer les détails d’un plan flou. »

Pourtant, l’objectif qui a concrètement saisi l’éclipse fut un ajout de dernière minute, comme nous le raconte Angel. « À la dernière minute, j’ai demandé à mon père si je pouvais lui emprunter son NIKKOR Z 600 mm f/6.3 VR S, et j’ai demandé à Prince s’il se sentait à l’aise pour gérer l’un de mes setups pour filmer. De mon côté, j’allais entièrement me consacrer à la photographie. Initialement, le tournage de l’éclipse ne faisait pas partie du projet. »

« Je prenais des photos et la caméra vidéo était déjà en place et enregistrait, mais pendant environ cinq secondes, je me suis simplement laissé absorber par ce qui se déroulait devant moi, raconte Prince. Je regardais le ciel, incrédule face à ce que j’avais sous les yeux. Ces quelques secondes ont semblé s’étirer à l’infini, comme si le temps lui-même s’était suspendu. »

Nikon magazine - Angel Fux eclipse ZR
Le moment tant attendu arrive enfin

« Le tournage de l’éclipse elle-même n’avait pas été prévu et, à une trentaine de minutes seulement de la phase de totalité, je n’avais toujours pas déterminé précisément comment j’allais procéder d’un point de vue technique, explique Prince. La luminosité changeait de façon si brusque et si rapide que je me demandais : “Dois-je photographier en mode manuel ? En priorité ouverture ? Comment vais-je gérer l’exposition ?” En fin de compte, j’ai choisi de ne pas me compliquer la tâche : je me suis contenté de la priorité ouverture et j’ai laissé faire le boîtier. »

Avec une ouverture calée sur f/11, Prince raconte avoir sous-exposé d’un IL pour préserver les hautes lumières. Il a ensuite limité la sensibilité (ISO) pour éviter une montée excessive, et a laissé la caméra ajuster elle-même la vitesse d’obturation et les valeurs de sensibilité. « En temps normal, je ne travaillerais jamais de cette façon en vidéo, confie-t-il, mais pour cette séquence, nous n’avions pas besoin de nous conformer à la règle de l’angle d’obturation à 180°, et le résultat a dépassé toutes mes attentes. Les images étaient bien meilleures que ce que j’espérais. »

Avant de photographier l’éclipse dans les montagnes proches de Riaño, dans le nord de l’Espagne, Angel et Prince avaient enregistré, début juin, plusieurs entretiens avec Angel dans un observatoire en Suisse. La phase suivante du tournage a eu lieu en Espagne au début du mois d’août, peu avant l’éclipse, l’essentiel des séquences en extérieur ayant été réalisé au Pico Gilbo, à Riaño, complété par quelques scènes en studio. « Une éclipse s’accompagne, dans les jours qui la précèdent, de toute une palette d’émotions : l’appréhension, les préparatifs, l’anticipation… J’ai parlé à plusieurs spécialistes des éclipses et je leur ai tous posé la même question. Chacun m’a donné une réponse différente lorsqu’il s’agissait de décrire ce qu’il avait ressenti, explique Prince. Nous voulions que le film puisse refléter toutes ces émotions. Pour y parvenir, nous avons joué sur différentes façons de faire bouger la caméra : à main levée, l’image gagnait en énergie, en spontanéité et donnait une texture plus brute ; avec le stabilisateur, nous pouvions au contraire accompagner les moments plus calmes avec davantage de subtilité. »

Nikon magazine - Angel Fux Eclipse
Nikon magazine - Angel Fux Eclipse
« Pouvoir visualiser l’ensemble de ses réglages et les informations d’enregistrement d’un seul coup d’œil est vraiment très utile », confie Prince, qui manipulait la Nikon ZR pour la toute première fois sur ce projet.
Réglages de la ZR

En dehors des séquences consacrées à l’éclipse, Prince a travaillé avec des réglages de base sensiblement similaires, qu’il adaptait rapidement au gré des conditions de tournage. « L’affichage de la forme d’onde sur l’écran de la ZR a grandement facilité le contrôle de l’exposition. Par ailleurs, pouvoir accéder rapidement à la cadence de prise de vue, à la vitesse d’obturation, au codec et format actuels, ainsi qu’à la sensibilité (ISO), s’est révélé un véritable atout, précise-t-il.

Nous avons principalement tourné en 4K 25p, conformément au standard PAL utilisé en Europe, avec quelques passages en 4K 50p. J’ai intégré le réglage de la cadence de prise de vue au menu personnalisé pour pouvoir passer rapidement de l’une à l’autre. Je suis resté sur un angle d’obturation à 180° la plupart du temps, mais pour des raisons pratiques, nous avons basculé sur la vitesse d’obturation classique pour certains plans timelapse nécessitant une obturation lente. Lorsque je choisissais de travailler avec la vitesse d’obturation plutôt qu’avec l’angle d’obturation, j’utilisais 1/50 s en 25p et 1/100 s en 50p. Pour les séquences en 25p où je recherchais l’effet d’une obturation lente, je descendais jusqu’à 1/4 s. »

« Pour l’ouverture, j’aime généralement filmer à pleine ouverture, nous avons donc travaillé la plupart du temps à f/2.8. L’autofocus s’est montré vraiment fiable, ce qui nous a permis de travailler sans nous en préoccuper, tandis que la grande ouverture s’est également révélée particulièrement utile compte tenu des nombreuses séquences réalisées dans des conditions de faible luminosité. Nous avons réduit l’ouverture lorsque nous souhaitions obtenir une plus grande profondeur de champ ou, pour les prises de vue de l’éclipse, davantage de netteté. »

L’œuvre d’Angel retrace l’évolution du paysage de Riaño, depuis le jour jusqu’à la phase de totalité, puis jusqu’à la nuit, tandis que les différentes phases de l’éclipse se déploient dans le ciel. La ville illuminée apparaît au loin, tandis qu’au-dessus d’un faisceau lumineux solitaire (qui n’est autre qu’Angel tenant une lampe torche, sa signature personnelle) se détache une étoile filante capturée lors de la pluie de météores des Perséides. Nikon Z 8 + NIKKOR Z 14-24 mm f/2.8 S ©Angel Fux

Une même expérience, deux interprétations

Alors que le film inscrit l’éclipse dans une narration qui se déploie dans le temps, l’œuvre d’Angel adopte presque la démarche opposée : elle condense toute l’expérience en une seule image, retraçant la progression de l’éclipse à travers un paysage qui se transforme peu à peu, du jour à la nuit. « Mon projet photographique autour de l’éclipse comportait deux dimensions : il y avait les gros plans du phénomène, bien sûr, mais aussi cette œuvre finale. C’était véritablement pour créer cette image que j’étais venue en Espagne, raconte-t-elle. Pour le rendu final, j’ai voulu tenter une approche inédite, que je n’avais encore jamais vue, surtout en matière de photographie d’éclipse. Le plus souvent, on part d’un paysage et l’on dispose dans le ciel différentes images de l’éclipse pour en retracer la progression au fil du temps. Je souhaitais toutefois que l’écoulement du temps se manifeste non seulement dans la séquence représentant les différentes phases de l’éclipse, mais dans l’ensemble de la composition, en restituant l’évolution des couleurs et de la lumière ainsi que la transition entre le coucher du soleil, la phase de totalité et la nuit.

L’éclipse ayant lieu au crépuscule, l’obscurité s’est installée assez rapidement, rendant les prises de vue particulièrement délicates. Il était impossible de tout photographier en même temps. Je ne pouvais pas faire mes plans larges du paysage tout en gérant mon setup gros plan au NIKKOR Z 400mm f/2.8 TC VR S ; j’ai donc été contrainte de scinder les deux approches. J’ai effectué plusieurs prises de vue du paysage entre le coucher du soleil et la nuit avec le NIKKOR Z 14-24mm f/2.8 S, puis à nouveau le lendemain matin, afin de réunir suffisamment d’éléments pour reconstituer avec précision l’évolution de la lumière dans la scène. Quelques jours plus tard, je me suis consacrée entièrement à l’éclipse. Les images réalisées au grand-angle m’ont également permis de mieux comprendre la manière dont le ciel, la lumière et l’atmosphère évoluaient tout au long du phénomène. L’œuvre finale laisse donc place à la création et à l’interprétation, sans jamais s’éloigner de ce que nous avons réellement observé et pu enregistrer sur le terrain. »

Angel explique n’avoir encore jamais réalisé un travail de fusion et d’assemblage panoramique aussi complexe. En postproduction, la création de l’image finale a exigé une précision extrême. « J’ai dû faire correspondre plusieurs panoramas presque au pixel près. Et même si j’avais été particulièrement rigoureuse au moment des prises de vue, de très légers décalages prenaient soudain beaucoup d’importance une fois toutes les images réunies. Cela a représenté énormément de travail, mais le résultat en valait vraiment la peine. »

Tandis que l’œuvre composite finale d’Angel réunit en une seule image l’ensemble du déroulement d’une éclipse, offrant une vision impossible à saisir à l’œil nu, le film s’attache quant à lui à restituer le cheminement émotionnel associé à l’expérience vécue du phénomène.

Bien plus qu’un instant

En définitive, l’œuvre finale comme le film cherchaient à aller au-delà de ce qu’une simple image pouvait transmettre : immortaliser non seulement l’éclipse, mais aussi cette émotion insaisissable et éphémère qui nous traverse lorsque l’on assiste à un tel spectacle. « Lorsqu’on réalise un film, on espère avant tout faire ressentir quelque chose à ceux qui le regardent. Réussir à transmettre cette émotion a probablement été notre plus grand défi, explique Prince, mais ce que chacun éprouvera réellement face au film nous échappe. J’espère simplement qu’il suscitera une émotion chez les spectateurs et qu’il pourra, peut-être, les inspirer. »

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Nikon magazine - Angel Fux eclipse ZR
Tandis que Prince filmait le court-métrage « The Shadow Between – Chasing Totality » avec la Nikon ZR, Angel s’est servi d’un Nikon Z 8 pour saisir l’éclipse.
Les meilleurs conseils de Prince pour la réalisation d’un court-métrage…
  1. Trouver un sujet fort et une histoire captivante
    « Lorsqu’on réalise un documentaire, il est essentiel de trouver un bon sujet et une histoire qui mérite d’être racontée. Peu importe l’esthétique des séquences. Si l’histoire n’est pas captivante, ça ne marchera pas vraiment. »
  2. Tout commence en préproduction
    « La préproduction est beaucoup trop souvent négligée. On pense tout de suite à la caméra, au tournage et aux plans que l’on rêve de réaliser. Mais si tout n’a pas été soigneusement préparé avant le jour J, les choses peuvent très vite devenir chaotiques. »
  3. Bien maîtriser l’exposition en Log
    « Il ne faut jamais se fier entièrement à ce que montre l’écran. Même avec l’Aide à l’affichage sur des images tournées en Log, j’ai remarqué que l’aperçu paraissait légèrement plus lumineux que les images réellement enregistrées, si bien que j’avais tendance à surexposer très légèrement. Mais inutile de se fier uniquement à ses yeux : le moniteur de forme d’onde est là pour vous aider à obtenir une exposition juste et régulière. »
  4. Pensez à emporter un câble micro-HDMI
    « Si vous souhaitez utiliser un moniteur externe, pensez à prévoir un câble micro-HDMI. Si vous n’en avez pas sous la main, ce n’est toutefois pas indispensable : la ZR est dotée d’un grand écran particulièrement confortable à l’usage. »
  5. Adaptez les commandes à votre façon de travailler
    « Ajoutez vos principaux réglages au menu personnalisé. Cela permet de gagner énormément de temps et rend l’ensemble du processus beaucoup plus fluide. »
  6. Soyez force de proposition
    « Travaillez avec des personnes qui partagent votre vision, mais n’oubliez pas que la collaboration fonctionne dans les deux sens : privilégiez quelqu’un avec qui il est agréable de travailler, restez ouvert aux idées des autres et n’hésitez pas à expérimenter. Mon premier patron avait l’habitude de dire : “Le souci, ce n’est pas de rencontrer un problème, c’est de rester sans solution.” Cette capacité à rechercher activement des solutions est absolument essentielle. »
  7. Cherchez l’inspiration auprès d’autres créateurs
    « Il ne faut pas hésiter à observer le travail des autres et à s’en inspirer. Il existe toujours des créateurs dont le style ou l’approche narrative se rapproche de ce que l’on aspire soi-même à développer. S’inspirer de leur travail constitue donc une étape importante dans son propre parcours créatif. »

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